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"Bâtir un Euro de très haute qualité"

Quelle importance peut-on attribuer au récent tirage au sort des éliminatoires de l’Euro 2016 effectué à Nice ? Peut-on le qualifier d’anecdotique au regard de l’organisation générale d’un tel événement ? 
"Cette étape n’avait rien d’anecdotique. Elle était essentielle à deux titres. D’abord, elle  était pour nous la première occasion de nouer le contact avec les 53 nations engagées dans la phase qualificative de l’Euro 2016 (ndlr : 10 juin au 10 juillet). Ensuite, elle donnait le coup d’envoi de la compétition sportive proprement dite. Avec le lancement des qualifications, nous approchons du vif du sujet : le football, la compétition, l’enjeu sportif, le spectacle…"

À ce sujet, pour la première fois également, le pays organisateur est intégré à un groupe éliminatoire…
"Il faut lever toute ambiguïté sur ce point. L’Équipe de France est qualifiée d’office. Elle ne va pas disputer des pseudo-matches de qualification. Elle disputera des matches amicaux contre les équipes du groupe éliminatoire comptant cinq formations, donc une équipe exempte à chaque journée. En introduisant cette nouveauté, l’UEFA permet à la FFF de bâtir facilement un programme de matches de préparation, dans un calendrier international désormais harmonisé à l’échelle mondiale qui offre peu d’opportunités de trouver des adversaires libres."

Ce tirage constituait-il aussi une opportunité de montrer que la France serait bien prête à accueillir la compétition ? 
"Non, pas vraiment. J’ai toujours eu la conviction que notre pays serait prêt. Si j’avais éprouvé le moindre doute sur ce point, la FFF n’aurait pas élaboré et présenté de dossier de candidature à l’UEFA en 2010."

Vous l’avez d’ailleurs réaffirmé, récemment, devant le Comité Exécutif de l’UEFA. Cela signifie que l’organisation avance comme souhaité ?
(Il sourit). "Cela ne va jamais comme on le souhaiterait ! Dans un chantier de cette ampleur, des problèmes surgissent toujours là où on ne les attend pas, des dossiers ne se résolvent pas de la manière envisagée… C’est inévitable. Mais si l’on prend l’ensemble en considération, au-delà de quelques frustrations mineures, la progression de l’organisation respecte le calendrier prévu. C’est vrai pour les stades. C’est vrai aussi pour les autres dossiers que traitent conjointement ou séparément l’UEFA, Euro 2016 SAS et la FFF."

À propos des stades, certains sont construits et utilisés (ndlr : Lille, Nice), d’autres en sont loin (ndlr : Bordeaux, Lyon). Est-ce un inconvénient voire une source d’inquiétude ? 
"Aucunement. Cette disparité a été intégrée depuis longtemps dans notre feuille de route. En réalité, en regardant bien la situation, tous les stades seront en fonction avant le début de la saison 2015-2016 qui précédera l’Euro, à l’exception de Lens, Toulouse et Lyon qui seront livrés dans la deuxième moitié de 2015. Les deux premiers, qui subissent des travaux de rénovation, sont des équipements existants dont on connaît le fonctionnement général. La tâche consistera, fin 2015-début 2016, à vérifier avec les clubs résidents comment ces stades fonctionnent dans leur nouvelle configuration."

Et le Stade des Lumières, à Lyon, dont le chantier a subi divers contretemps ? 
"La livraison de la nouvelle enceinte est programmée pour la dernière partie de l’année 2015.  A priori, l’Olympique Lyonnais devrait y jouer la seconde moitié de sa saison. Le nouveau stade devrait donc bénéficier d’un rodage de six mois. En conclusion, je n’identifie aucune crainte majeure sur la connaissance que nous aurons des stades lorsque débutera l’Euro."

Des informations ont évoqué une éventuelle finale à Marseille. Qu’en est-il ?

"Je ne dévoilerai évidemment rien du calendrier. Il est légitime que la concurrence fonctionne entre les sites qui remplissent les conditions du cahier des charges pour recevoir la finale, une demi-finale ou le match d’ouverture. Je suis ravi de voir que l’Euro 2016 suscite des envies et des ambitions. C’est motivant pour tout le monde. Mais il n’y aura pas deux finales et quatre demi-finales !"



D’une certaine façon, avec cette question des stades, le volet le plus ardu de l’organisation n’est-il pas derrière vous ? 
"Les stades constituaient les fondements de l’organisation, la condition sine qua non à satisfaire au regard du cahier des charges de l’UEFA. Ils représenteront, en juin 2016, un grand motif de satisfaction et de fierté. Permettre une modernisation accélérée des stades français était, rappelons-le, l’un des objectifs essentiels de la candidature. Mais l’organisation de l’Euro 2016 va bien au-delà de ça. Maintenant que nous avons la certitude de pouvoir nous appuyer sur des outils ultra-modernes, il faut imaginer, construire et livrer l’événement lui-même, dans toutes ses composantes et dans toute sa complexité. C’est ce que la France doit à l’UEFA qui lui a accordé sa confiance."

En termes d’avenir, vous l’évoquez, ces infrastructures formeront un bel héritage.
"Un héritage d’abord physique, sur la base duquel le club utilisateur aura la responsabilité d’ériger un nouveau modèle économique, en relation étroite avec la collectivité territoriale propriétaire du stade et avec l’exploitant de celui-ci qui, notamment dans les stades construits en partenariat public-privé, sera un partenaire incontournable."

De quelle manière le football amateur peut-il, lui aussi, en tirer bénéfice ? 
"Le football professionnel et le football amateur n’ont pas d’avenir l’un sans l’autre. Leurs sorts sont liés. La façon dont vivent les clubs professionnels, leurs moyens, leur santé économique, leurs résultats ont un impact direct sur le football de base de leur région. Je ne doute pas que si la modernisation des stades provoquée par l’Euro a des effets positifs durables sur l’économie du football professionnel, c’est tout le football français qui en tirera profit. Dans le détail, ce sera la responsabilité de tous ses acteurs  – FFF, LFP, LFA, UCPF, clubs – de travailler à optimiser ces retombées croisées."

Vous avez donné à cet Euro 2016 une signature riche de sens, intitulée « Le Rendez-vous ». Traduit-elle une volonté d’en faire un moment exceptionnel ?
"En 2016, l’Euro ne sera pas « un »  événement, mais « l’» événement de l’année pour la France et pour l’Europe du football. Nous le concevons avec un haut niveau d’exigence. Une bonne partie du travail entrepris actuellement vise à préparer la livraison d’une édition de très haute qualité. Dans la façon dont je vis cette organisation en comparaison avec la Coupe du Monde 1998, je suis d’ailleurs frappé par l’élévation du degré d’exigence formulé par tous nos clients en termes de qualité de service, qu’ils soient spectateurs, journalistes, sponsors, diffuseurs, etc. Sous la houlette de l’UEFA, nos prédécesseurs de 2012, la Pologne et l’Ukraine, pourtant inexpérimentés, ont placé la barre très haut. Nous n’avons pas le droit de décevoir."

Vous évoquez le Mondial 98. Peut-il vous servir de point de repère à certains égards malgré les quinze années qui nous en séparent ? 
"Bien sûr. Grâce à la Coupe du Monde 1998, mais aussi à celle de rugby en 2007, notre pays a accumulé de l’expérience. C’est vrai pour le mouvement sportif, la fédération, les services de l’État, les villes hôtes, les entreprises partenaires, les hommes et les femmes qui ont été impliqués dans les processus de candidature ou d’organisation de ces vingt dernières années. Même si chaque nouvel événement se présente comme une nouvelle page blanche, ce vécu - avec les points positifs et négatifs - nous donne une forme de savoir-faire et une certaine capacité à anticiper ce qui va se produire."

Mais l’Euro est une nouvelle page blanche comme vous le dites…
"Le plus grand risque serait de penser que l’on saura forcément reproduire ce que l’on a déjà fait par le passé. C’est vrai en partie, mais pas entièrement. Il faut toujours avoir du recul, garder l’esprit ouvert et être prêt à se remettre en cause."

Le président de l’UEFA, Michel Platini, surveille-t-il d’un œil particulièrement attentif la préparation de cette épreuve dans son pays ?
"Dire qu’il la surveille de très près, c’est une litote (sourire)… Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’il y pense le matin, à midi et le soir, voire en se rasant : ce serait excessif.  Mais l’Euro est un événement phare pour l’UEFA. Il est normal que son président attache du prix à sa réussite. Et puis, c’est la façon de Michel d’assumer sa fonction et ses responsabilités."



Les dix villes hôtes sont des partenaires essentiels de la compétition. Percevez-vous déjà chez elles un engouement marqué, à deux ans du rendez-vous ?  
"Cet engouement existe depuis le démarrage du dossier de candidature. Si nous n’avions pas eu, je l’ai toujours dit et le répète aujourd’hui, l’engagement de la douzaine de villes présentes à nos côtés début 2009 (1), ce dossier n’aurait pas existé. Si, lors de la tournée des municipalités que Jean-Pierre Escalettes et Frédéric Thiriez ont faite après la remise du rapport Séguin, nous n’avions pas rencontré cette volonté et cette envie de construire une aventure sur le modèle « France 98 », l’intention de candidature  serait restée lettre morte. Les villes hôtes nous portent depuis l’origine. Elles sont des partenaires indispensables, non seulement parce qu’elles mettent les stades à disposition de l’UEFA, mais aussi parce que ce sont elles qui accueilleront sur leur territoire, avec leurs moyens et leur population, les supporters et les spectateurs du tournoi."

À leur niveau, l’épreuve dépasse le seul cadre du sport ?
"Il ne peut pas en être autrement. Toutes ont le souci de promouvoir leur patrimoine, leur histoire, leur culture, leur économie, leur hospitalité. Chacune a à cœur de valoriser son site et ses richesses. La majorité d’entre elles l’a déjà fait en 1998 (ndlr : Bordeaux, Lens, Lyon Marseille, Paris, Saint-Denis, Saint-Etienne, Toulouse ont reçu le Mondial), les autres - Lille, Nice - ont l’habitude d’accueillir des événements de premier rang. L’envie est donc là, le savoir-faire aussi."

L’une des grandes évolutions intervenues depuis 98 a trait au risque économique, autrefois supporté par FFF. Désormais, l’UEFA l’assume totalement ?

"L’UEFA finance l’intégralité des dépenses d’organisation, à l’exception des dépenses de sécurité publique, supportées par la puissance publique, et des dépenses de construction des stades qui s’inscrivent dans une autre logique. En contrepartie, l’UEFA conserve l’intégralité des recettes commerciales et verse à la FFF une contribution au titre de sa participation à l’organisation de l’événement. Il me semble - même si c’est plus à la FFF qu’à moi de se prononcer - que cela constitue une bonne solution. Elle correspond à un engagement de plus en plus marqué de l’UEFA dans la maîtrise de l’organisation et met en accord les aspects opérationnels et financiers."

Au rayon recettes, avez-vous déjà réfléchi à la politique de billetterie ? Ira-t-elle dans le sens d’un Euro que vous souhaitez populaire ?
"Nous sommes attentifs à cette question depuis le premier jour. Et Michel Platini partage ma préoccupation d’adopter pour l’Euro une politique de prix  tenant compte de ce qu’est la société d’aujourd’hui et de la crise économique que traversent l’Europe et la France en particulier. Voilà pourquoi quatre catégories de places seront commercialisées, au lieu de trois traditionnellement, avec une catégorie 4 proposant un nombre significatif de billets à des tarifs très raisonnables. La commercialisation au grand public commencera au printemps 2015. Les grandes lignes de cette billetterie ont été validées par le Comité Exécutif de l’UEFA."

Que vous inspire la polémique autour de la billetterie du Mondial 2014 au Brésil ? 
"La FIFA et le comité d’organisation ont créé, de manière exceptionnelle, une catégorie de billets réservée à la population brésilienne, avec des prix plus bas que pour les clients internationaux. Je ne crois donc pas que la polémique soit née de la billetterie. Elle relève plus certainement d’une problématique sociale d’ensemble tenant à la structure de la société et de l’économie brésilienne, avec des écarts beaucoup plus élevés qu’en France entre la partie pauvre et la partie riche de la population."

La fin de cette Coupe du Monde sera-t-elle synonyme pour vous d’une montée en puissance en vue de l’objectif final ?

"Nous serons encore loin de l’effervescence de la compétition, mais le travail montera en intensité, la pression augmentera, de manière logique. Nous étofferons progressivement nos effectifs pour être environ 700 au coup d’envoi de ce premier Euro à 24 équipes (ndlr : au lieu de 16 depuis 1996), avec par conséquent davantage de matches (ndlr : 51 au lieu de 31) et de spectateurs."

Quelque 6 000 volontaires apporteront leur contribution. Quel souvenir gardez-vous du Mondial 98 dans ce domaine ?
"Voir comment des hommes et des femmes de tout âge manifestent et concrétisent librement leur envie de participer à un événement exceptionnel, en prenant sur leurs loisirs, leurs vacances, leur retraite, reste l’une des dimensions les plus attachantes d’une organisation. Avec ses 12 000 volontaires, ce programme reste pour moi l’un des plus beaux moments de France 98. Cela  rappelle que le sport de masse français fonctionne sur la base du système associatif, qui repose lui-même sur le bénévolat, et que celui-ci est capital pour la bonne santé du sport français."

Pour l’Euro, le programme des volontaires est du ressort de la FFF. Vous dites régulièrement qu’elle détient un rôle clé dans la réussite de la manifestation. 
"Oui, et à trois titres. D’abord, en vertu du contrat d’organisation signé avec l’UEFA, la FFF a la responsabilité de la sécurité de l’Euro, même si elle a délégué la conduite des opérations à Euro 2016 SAS. Ensuite, on vient de le voir, elle va porter le lourd projet des volontaires. Enfin, et ceci est vraiment le propre de l’action fédérale, il lui incombe de mettre en œuvre les actions qui permettront d’associer pleinement le football amateur - les ligues, les districts, les clubs - à l’Euro 2016 et d’accompagner son organisation au profit de tout le football. C’est ainsi que nous en ferons une fête partagée. Le projet Horizon Bleu 2016 voulu par Noël Le Graët va exactement dans ce sens."

Treize pays sont susceptibles de recevoir collectivement l’Euro 2020. L’édition 2016 est-elle appelée à être la dernière organisée sur le mode actuel ?
"En 2020, l’UEFA mènera une expérience, Michel Platini l’a dit clairement. Cette expérience ne présume en rien de l’avenir. Un grand pays de football comme l’Allemagne a déjà laissé entendre que l’organisation de l’Euro 2024 pourrait l’intéresser. De toute façon, l’UEFA devra lancer le processus de candidature pour 2024 dès 2016-2017, donc sans pouvoir dresser le bilan de l’expérience particulière de 2020."

(1) Outre les dix sites officiellement retenus, six autres villes étaient initialement sur les rangs : Metz, Montpellier, Nancy, Nantes, Rennes, Strasbourg. Parmi elles, Nancy et Strasbourg faisaient partie du premier choix effectué en novembre 2009 avant de se retirer.

 © FFF.fr

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